J'ai sur les épaules
Une lourde besace,
Si lourde, trop lourde.
Je ploie, je me tasse.
Le poids des non-dits,
Les secrets scellés,
Les confidences tues et enfouies,
Des sentiments que je cache.
Je me souviens de notre misère,
Ton emprise, les camouflets, les remontrances
Et ces punitions, ces coups qui pleuvaient.
Cette honte qui me suivait comme un chien
Quand d'autres copiaient le paon,
Je l'ai étouffée jour après jour
A force de défis, à force de succès.
Cette victoire est aussi la tienne.
Je n'ai jamais su qui tu étais vraiment,
Je n'ai jamais appris ce que tu avais vécu.
Ton courage pour survivre face à l'adversité
Tant bien que mal, cahin-caha,
Ce n'est qu'aujourd'hui que je mesure son ampleur.
Il m'en aura fallu du temps pour comprendre
Ta rigidité, ton impatience et ta colère.
Je sais maintenant que ton intransigeance
Etait née de ta peur pour moi.
Tes déceptions et tes chagrins te fracassaient,
Tes angoisses te laminaient,
Comment puis-je continuer ma route
Sans te reconnaître comme la femme
Qui m'a enfantée et aimée
Et dont je porte des morceaux en moi.
Tous les griefs, toutes les déceptions
Toutes les inconnues m'ont construite,
Jour après jour, année après année.
La femme que je suis aujourd'hui
Reste la petite fille qui avait mal
Et regardait les étoiles en rêvant à l'amour.