Quelques verres sur la branche (3)
L'évocation de Robert provoqua un bouleversement dans sa mémoire et c'est avec regret qu'elle se retrouva dans la cour de l'école où elle avait tant souffert de moqueries diverses.Elle survola toute une période qui l'avait blessée au plus profond d'elle-même mais qui l'avait façonnée, provoquant un désir de montrer ses qualités et de sortir de sa condition. Elle avait relevé le défi, sans crainte, les dents serrées , sachant transformer ses origines en atouts.
Ne voulant pas , ce soir, s'appesantir sur cette période personnelle, elle balaya les images pour réintégrer le présent et se retrouva de plain-pied dans une réalité désirée.
Elle se versa une nouvelle tasse de thé, ouvrit une tablette de chocolat , ôta une barre du papier d'alu et entama un nouveau paquet de cigarettes. Elle pouvait retourner dans le bar.
L'ambiance était à la gaieté, Mireille racontait ses histoires de jeunesse sur les quais de la ville. Elle ne possédait pas une grande culture et elle employait des mots déformés, parfois à contre-sens .Sa manière de raconter faisait hurler de rire tous ceux qui l'écoutaient bien plus que le fond de l'anecdote bien souvent.
De temps à autre Jean-Louis, l'ancien flic, l'interrompait en pleine envolée :
Mais non, tu te trompes ! Le coup fourré avec Tipa- gapette c'était pas cet été là, il était à l'ombre ! Par contre , il y a eu le ram-dam avec les deux frères Laquille et même que les journaleux ont été passés à tabac, tu mélanges tout ma vieille ! Tiens, cognes un verre, ça va te remettre d'équerre !
Alors, voguant de verre en verre, elle finissait par perdre son aplomb et le fil de l'histoire, parfois même sa géographie, ce qui lui posait un problème pour rentrer chez elle.
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