Quelques verres sur la branche (4)
Le lendemain, elle arrivait avec un sourire large comme un croissant de lune et leur expliquait comment , après des détours qu'ils n'imaginaient pas, elle avait, enfin, reconnu sa porte avec un soulagement énorme. Il faut dire qu'une nuit elle avait achevé son errance au pied du château, enroulée comme un cordage dans un bosquet de tamaris.
Bien des fois, il lui avait été proposé de la raccompagner dans un soucis de protection mais elle refusait toujours car elle ne voulait pas déranger et estimait qu'elle était assez grande malgré sa petite taille. Quiconque insistait se faisait rabrouer avec verve, sa jeunesse passée dans le café de ses parents, prés du port, l'avait dotée d'un langage fleuri qui désarçonnait les hommes et avait stupéfié plus d'un bourgeois.
Alina l'aimait bien et prenait de l'agrément à l'écouter, elle se doutait que sa gaieté était une tenture qui dissimulait une grande souffrance dont elle ne parlait jamais mais son bon cœur était flagrant.
La soirée s'annonçait sous de bons auspices mais l'arrivée du grand Serge modifia l'ambiance. Il ne venait pas tous les jours et tout le monde s'en félicitait car son plaisir était de disséquer le journal avec des commentaires radicaux, persuadé qu'il était, de posséder la vérité et la raison .
C'était un grand sec, le visage étroit comme une lame de couteau, le cheveu coupé au ras et le regard perçant qui n'avait rien de chaleureux et détonnait un peu dans l'atmosphère conviviale.
Ce soir il avait fait l'impasse sur les nouvelles politiques pour se concentrer sur les faits divers.
Au moins les empoignades verbales seront évitées, pensait-elle sans se douter qu'il y avait pire que les joutes oratoires, du moins à son endroit.
..... à suivre ....
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